fin d’année

Une année se finie, une autre commence. Tempus fugit. Et moi aussi.

Juin 2010. Après six ans d’efforts, ma vie se recompose autour de la psychologie. Psychologue! Qui aurait pu imaginer que j’en arrive là? Quand il a été le moment de choisir des études, les psychologues me paraissaient inaccessibles, tant dans leur apparence que dans leur parole. Le regard un peu lointain, un peu au-dessus du commun des mortels, et quelle façon d’envisager n’importe quel problème, un peu décalé, un peu éloigné. J’étais la plèbe, la gardienne d’oie, la souillon qui ne méritait pas un regard.

Et pour être à la hauteur, j’ai lu, seule, les grands auteurs que la rumeur intellectuelle faisait parvenir jusqu’à moi: Levi-Strauss, Bourdieu, Freud, Lacan, Foucault, Deleuze, Simone de Beauvoir, Watzlawick… La télé, aussi, source à l’époque d’initiation culturelle.

Et quelques rencontres décisives, Christine Lagabrielle, Michel Allègre, Yves Clot…

Aujourd’hui, j’ai traversé l’écran de la vitre de mes cauchemars: j’étais une mouche contre une vitre, je voyais bien ce qui se passait de l’autre côté, mais impossible de traverser. Et la vitre s’est dissoute, et je suis passée…

Cette année, en formation avec 48 autres psychologues, je me rends compte de tout ce temps perdu. La plupart des psychologues ne sont que des psychotechniciens, plus préoccuper de la validité de leurs outils, oublieux parfois de la plus élémentaire réserve, et non des érudits sensibles, maniant avec prudence des concepts dont l’énonciation modifie le comportement des autres. Quelle désillusion. Heureusement, quelques uns résistent. Je vais résister avec eux.

Ces derniers temps, je me suis détournée de mes études chéries pour n’avoir comme lecture que des erzats à la pensée scientifique.

Pour cette nouvelle année, je m’engage à me remettre au métier: Bakthine, Vygotski, Canguillem…

Et d’écrire, un peu, en mon nom propre.

engagement, contribution

Le travail est à l’adulte ce que le jeu est à l’enfant: un lieu de développement.

Le problème est de bien comprendre le concept de développement. une confusion assez banale, et assez bien relayée par les gestionnaires voudrait que le développement soit équivalent à l’engagement. Si c’était vrai, ceci signifierait qu’il serait possible d’orienter l’activité du salarié dans une direction qui serait à la fois épanouissante pour lui et utile pour l’entreprise.

Pas de déperdition d’énergie, tous ensemble vers le même but.

Sauf que, ça ne marche pas tout à fait comme ça.

il y a un écart irréductible entre l’activité (visible dans le développement) et l’activité dirigée investie dans une action contrainte.

L’activité, c’est comme l’eau des torrents en crue: imprévisible, irrépressible. Comme dans le sud est de la France, où l’on a cru qu’on pouvait domestiquer les ruisseaux dans des tubes de béton pour construire des maisons sur les berges.

En apparence, une bonne affaire. Au moindre orage, la nature reprend le dessus Sauvage.

L’activité ne s’oriente vers un but que pour des raisons conjoncturelles. Il est à ce point impossible de faire sans les fondamentaux de la psychologie et de la métapsychologie. Les théories de la motivation tentent de construire un système explicatif qui s’appuie sur des éléments factuels, objectivables. Les théories de la motivation échouent à intégrer l’imprévisible de la nature humaine. Et pour cause: comment mettre au travail des sujets agités par des mouvements internes dont la rationalité ne peut être bornée?

Tous les managers savent ça, avec leurs tripes à eux. Les salariés les mieux disposés échappent au dispositif de contrôle du travail.

Tous les managers qui viennent demander de l’aide demande ça: mais pourquoi donc se conduisent-ils comme ça? Comment faire pour les tenir au travail? Comment faire pour les maintenir à la tâche prescrite?

C’est à cette question que je m’emploie à donner du sens.