Ecrire un cours, c’est se situer à un carrefour. Direction 1, la paraphrase, l’encyclopédie, tout embrasser pour ne rien oublier. Et la tentation est grande de céder aux vertus de l’universalisme: disparaitre derrière la connaissance, les maitres, le discours.
Direction 2, se fixer une règle du jeu. Certains appellent ça « problématiser », c’est savant, ça fait riche, et il est bien connu qu’on ne prête qu’aux riches. Dire à l’avance de se dont on va parler, annoncer le menu, comme au restaurant. Il est vrai que quand on donne un cours, on a des clients, devant, qui en veulent pour leur argent.
Préparer un cours, c’est se coltiner avec une vieille question, qui a l’air de revenir, mine de rien: Borromée et son noeud (de famille). C’est penser dans un sens, rétropédaler, pour énoncer dans un tout autre sens: pour expliquer, il faut déconstruire.
Avant, il y a longtemps, je faisais ça les doigts dans le nez, sans me vanter: un thème, une recherche, une pirouette, et hop, un cours.
Et ça c’est mis à moins marcher, et à ne plus marcher du tout. Pourtant, quand je m’y mets, je sais bien que je n’ai pas le choix: ça s’appelle le PPT.
Avant, forte de toutes recherches accumulées, je me présentais face à un groupe et je remontais une chaine associative qui n’avait de vraie que sa consistance ici et maintenant: nous construisions ensemble, par mouvements subjectif, ce qu’il fallait savoir à la fin. J’aimais ça, l’improvisation créatrice, qui entrainait avec elle la pensée du groupe.
Aujourd’hui, la modernité produit de la pensée en boite: des PPT. Et là, je ne sais pas faire: comment faire penser dans un cadre de 7×12, qui ne ressemble à rien, et qui produit un symptôme bien connu, celui de l’accumulateur compulsif: tout mettre, ne rien oublier, décrire.
Où loger la pensée, dans quels interstices? Rajouter des gifs animés? des paysages marins?
Ulysse! Convoque la ruse!