tenir bon

voilà, c’est fini, une page se tourne. Dans ma vie professionnelle, j’ai essuyé 3 réorganisations dans des entreprises du secteur de la formation, toutes ayant pignon sur rue. Toutes les trois ont décidé, à un moment de leur histoire, de céder au vertiges de la modernité managériale.

Et dans les trois cas, le prix à payer est pour les formateurs. Comme pour les ouvriers, comme pour les infirmiers. Les gestionnaires sans imagination ne trouvent-ils donc jamais d’autres solutions? Quelle confusion entre le capital intelligence et l’adaptation aux contingences.

Cette fois-ci, j’ai pris une décision radicale. J’ai refusé les petits aménagements avec l’intégrité du savoir, de la transmission, de la fabrique du professionnel. Je me sais suffisamment exigeante avec moi-même pour refuser de travailler dans un contexte de rabotage progressif.

Pour le dire autrement. Je ne veux plus avoir à discuter des critères de la qualité du travail avec des non-spécialistes de ce travail. Je ne veux plus avoir à échanger de façon stérile, ne pas être entendue, ne pas pouvoir peser sur la décision finale. Je me désengage.

La dispute, la dialectique, c’est quand les protagonistes se mettent d’accord sur un préalable: nous sommes un collectif attelé à la même tâche. Sans ce préalable, la dispute est un vortex, une énergie dirigée vers un seul but, dont la finalité est d’écraser la capacité créative.

Mais j’ai déjà longuement écrit la dessus, il faut avancer.

engagement, contribution

Le travail est à l’adulte ce que le jeu est à l’enfant: un lieu de développement.

Le problème est de bien comprendre le concept de développement. une confusion assez banale, et assez bien relayée par les gestionnaires voudrait que le développement soit équivalent à l’engagement. Si c’était vrai, ceci signifierait qu’il serait possible d’orienter l’activité du salarié dans une direction qui serait à la fois épanouissante pour lui et utile pour l’entreprise.

Pas de déperdition d’énergie, tous ensemble vers le même but.

Sauf que, ça ne marche pas tout à fait comme ça.

il y a un écart irréductible entre l’activité (visible dans le développement) et l’activité dirigée investie dans une action contrainte.

L’activité, c’est comme l’eau des torrents en crue: imprévisible, irrépressible. Comme dans le sud est de la France, où l’on a cru qu’on pouvait domestiquer les ruisseaux dans des tubes de béton pour construire des maisons sur les berges.

En apparence, une bonne affaire. Au moindre orage, la nature reprend le dessus Sauvage.

L’activité ne s’oriente vers un but que pour des raisons conjoncturelles. Il est à ce point impossible de faire sans les fondamentaux de la psychologie et de la métapsychologie. Les théories de la motivation tentent de construire un système explicatif qui s’appuie sur des éléments factuels, objectivables. Les théories de la motivation échouent à intégrer l’imprévisible de la nature humaine. Et pour cause: comment mettre au travail des sujets agités par des mouvements internes dont la rationalité ne peut être bornée?

Tous les managers savent ça, avec leurs tripes à eux. Les salariés les mieux disposés échappent au dispositif de contrôle du travail.

Tous les managers qui viennent demander de l’aide demande ça: mais pourquoi donc se conduisent-ils comme ça? Comment faire pour les tenir au travail? Comment faire pour les maintenir à la tâche prescrite?

C’est à cette question que je m’emploie à donner du sens.