Boucler la boucle

A force de fureter sur Netflix, on prend le risque de tomber sur des contenus intéressants. Hier, j’ai vu les 3 épisodes de Fluctuat nec Mergitur, le documentaire-témoignage consacré aux attentats du 13 novembre 2015. Fascinée, j’ai vu les trois épisodes dans la nuit, presque en apnée.

Et je me suis souvenue.

Le 13 novembre, le 14 novembre et les jours qui ont suivis, je suis restée quasi non stop à l’écoute téléphonique, sur la plateforme pour laquelle je travaillais à l’époque. J’ai vu les images des attentats, sans rien en comprendre, à la télé comme tout le monde. J’ai fait un effort de mémoire pour me souvenir où était ma fille, qui à l’époque habitait dans le quartier du bataclan. Elle était en weekend dans les bois, je ne l’ai pas appelée, pas la peine de l’inquiéter, je l’ai fais le dimanche soir avant qu’elle reprenne son train, de façon elliptique, pour la préparer sans l’affoler.

Et le téléphone s’est mis à sonner, sans interruption.

Une plateforme téléphonique d’appels psychologiques, c’est la mise en relation de salariés avec des psychologues. Une prestation payée par l’employeur, visant la prévention des risques psychosociaux. La plupart du temps le psychologue est seul, chez lui, il a programmé les plages de disponibilités, son téléphone peut sonner à tout moment. Son téléphone, chez lui, pour répondre à des interrogations multiples et diverses. Psychologue au téléphone chez soi, c’est faire l’expérience de la grande solitude face à toutes détresses.

Et le 13 novembre et les jours qui ont suivi, ça été le cas.

En entendant les pompiers, les policiers rendre compte de leur état mental après leur intervention, j’ai pris conscience de tout ce qui c’était passé en moi, pour moi pendant ces quelques jours: suspension du temps, suspension des émotions, suspension du goût et de l’odorat. Et toujours seule, pas de groupe de parole pas de soutien de la part du gestionnaire de la plateforme.

Et j’ai enchainé les entretiens. un entretien, un compte rendu à chaud, quelques notes, un diagnostic suggéré. Et toujours silence sur toute la ligne.

Voilà. de Charlie au Bataclan

Je voudrais ici témoigner de celà.

 

de l’effroi à la pensée

Voici plusieurs années que je n’avais publié ici. Depuis les attentats de Charlie. Pendant toutes ces années, je suis restée en suspension pendant que le monde ne tournait pas rond. Et puis, les gilets jaunes. Le petit peuple, le tiers états, qui sort de sa torpeur pour investir les rond-points pour clamer. Et moi qui me réveille.

Pendant toutes ces années nous sommes restés sous le régime de la terreur, isolés, confinés, séparés. L’indignité venant, nous sortons dans la rue, pour constater les chimères. Point de guerre civile, point de ruines, point de ravages. Juste des gens heureux de se parler, de débattre, debout dans la chaleur de la journée même s’il fait froid dehors.

Du courage. Reprendre le cours de la vie.

Pendant toutes ces années j’ai avancé dans l’obscurité, fait les choses ordinaires de la vie sans y penser, trébuché, titubé.

Il est temps de recommencer à penser, de recommencer ce journal.