croire que les professionnels de santé sont immunisés contre les problèmes de santé au travail parce qu’ils en ont acquis une connaissance universitaire est une hérésie.
La preuve, les chiffres de la sécu: les médecins sont les premiers impactés par les désordres émotionnels provoqués par la surcharge mentale, et en vivent les dramatiques conséquences.
Pourtant, on sait que « les cordonniers sont les plus mal chaussés », et les professionnels les moins enclins à écouter leurs mouvements intérieurs.
D’autant plus que dans les métiers de la santé, on cultive avec puissance le culte du surhomme, les longues journées de travail au service du malheur des autres, des statuts professionnels plus ou moins précaires selon les métiers, le rôle social du soignant dans la communauté, voire sa fonction de réponse à toute détresse dans le plus bref délai.
Difficile alors d’échapper au déterminisme de l’oubli de soi.
Difficile de ne pas adopter, même dans les situations les plus banales, l’attitude de l’urgentiste, la poussée d’adrénaline, la mobilisation tendue des critères d’analyse, la recherche de diagnostic.
C’est de toute façon une attente générale de la modernité: que tout aille vite, qu’un diagnostic fiable soit fait en trois coups de cuillère à pot, que des solutions (si possibles instrumentées) soient trouvées pour l’immédiat.
en écrivant ces lignes, un diablotin me suggère une idée étrange: il y a des dispositifs, historiquement construits, qui répondent à ces attentes: les oracles, les pythies, les voyants et autres magnétiseurs de symptômes.
Finalement, quand la pensée scientifique aura échouée, par son cadre, sa rigueur, sa lenteur à convaincre de son efficacité, restera le retour à l’intuition des campagnes.
Et les professionnels de santé pourront souffler, un peu.