Une jeune femme de mon entourage travaille dans un pays où les règles d’organisation du travail correspondent au mode anglo-saxon: à 17H30 au plus tard, elle doit avoir quitté son poste de travail. Rester plus tard, c’est prendre le risque d’être considéré comme un employé faiblement performant. Pour un cadre. Surtout pour un cadre.
Après 17H30, elle doit avoir des activités sociales, et il lui appartient d’en faire la démonstration auprès de ses équipes: l’engagement du corps dans le travail passe par la démonstration des capacités à savoir se mobiliser autrement, pour une autre cause, sur un mode sportif, ludique ou créatif.
L’entreprise valorise ces prises d’initiatives en accordant des primes à l’activité, en associant son nom à l’activité produite.
Certes, c’est à double tranchant: le salarié devient le porte drapeau de son entreprise, qui pourrait recycler dans son propre processus de communication l’activité libérée de son salarié.
Du coup le salarié n’a d’autre impératif que d’être performant autrement, et de s’engager subjectivement dans les loisirs comme un reflet de l’activité rémunérée.
Pourtant, cet engagement semble produire des effets autrement bénéfiques sur la capacité collective à se mobiliser pour faire face à l’adversité et à la dureté du monde du travail. En particulier le sentiment que l’aléa n’entame pas la continuité de soi, ce qui permet de considérer collectivement l’erreur comme un problème à résoudre et non une faute individuelle