creuser son sillon

Il est intéressant de constater que la plupart des études sur le travail commencent par le rappel étymologique de l’origine supposée du mot: tripallium, instrument de torture. Tout un programme, qui situe bien le rapport qu’entretiennent au moins les chercheurs (ou les étudiants) avec l’effort de production des revenus qui permettent de subsister.

Le travail serait issu d’un champ sémantique faisant référence à la torture.

Je ne peux m’empêcher d’être perplexe devant l’association d’idées induites par ce rapprochement, et les conclusions qui en découlent. Il y aurait donc une victime et un bourreau, une scène traumatisante, des outils de torture chargés d’être des intermédiaires douloureux pour extirper une vérité à la victime.

Etudions les protagonistes: qu’est-ce qu’un bourreau? Un adulte, psychiquement immature, choisi pour occuper cette place parce capable de transgresser la loi sociale du « tu ne tueras point » et « tu ne feras pas de mal à ton voisin ». Un humain qui n’a pas développé les aptitudes sociales d’identification à l’autre, qui ne peut pas se mettre à la place de l’autre, qui peut provoquer des émotions, des douleurs négatives sans se projeter dans le ressenti de l’autre. Un pervers qui use du corps des autres pour obtenir une jouissance personnelle.

Qu’est-ce qu’une victime? Une personne ordinaire, choisie par hasard dans une foule, mise dans une situation d’isolement physique ou psychique, dans l’incapacité de s’échapper de la situation, soumise à de mauvais traitements physiques ou psychiques. Un innocent, qui ne peut trouver d’issue à la situation de contrainte parce qu’il n’en a ni les clés, ni la réponse.

Le bourreau pose une question, la victime tente d’y apporter une réponse. Et tant que la réponse n’est pas donnée, le bourreau peut continuer à questionner.

Au passage, cette vision de la torture nous ramène singulièrement à notre représentation du haut moyen âge et des récits de la chasse aux sorcières.

Je me souviens d’avoir visiter, il y a quelques années une de ces expositions itinérantes présentant des instruments de torture mis en scène avec des poupées de cire censées représenter les femmes des campagnes accusées de sorcellerie.

Pendant un temps plus ou moins long, on quitte le temps des mortels pour se projeter dans un temps suspendu: quand nous sommes sorti de cette exposition nous ne savions plus rien du temps qui s’était écoulé: une demi-heure, une heure, deux heures? C’est dire si le message passe, la scène provoquant une immersion dans les tréfonds de notre chaudron pulsionnel intime.

Voilà à quoi nous renvoie l’évocation des origines du travail: l’intime de nos pulsions.

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